Vocabulaire. Synonymes (p. 39)

Antéchrista. Amélie Nothomb

LE lendemain du départ d'Antéchrista, j'annonçai à mes géniteurs que j'allais réviser chez des amis et que je serais de retour le soir. De grand matin, à la gare, j'achetai un billet pour Malmédy.Certes, je n'avais pas l'adresse de Christa. Mais je voulais trouver le bar où elle travaillait avec Detlev.

Dans une ville de dix mille habitants, il ne devait pas y avoir trente-six mille établissements de ce genre. J'emportais un appareil photo jetable. A mesure que le train s'enfonçait vers les cantons de l'Est, je sentais croître mon excitation. Ce voyage était pour moi une expédition métaphysique. Jamais de ma vie je n'avais pris une telle initiative : partir seule pour un lieu inconnu. Je regardais mon aller avec fascination et je m'aperçus qu'il n'y avait pas d'accent aigu sur l’E de Malmédy, contrairement à la prononciation de mes parents et moi. Christa avait toujours dit Malmedy et non Malmédy : nous avions donc eu tort d'y voir une prononciation allemande.L'orthographe donnait raison à Christa. Sans vouloir verser dans la psychanalyse de bazar , il était difficile de ne pas entendre le « mal me dit » contenu dans ce toponyme.Il est vrai que ce raid ne me disait rien de bon. Il n'en était pas moins exact qu'il était indispensable.

La situation n'était plus tolérable, je devais en savoir plus sur Antechrista.La neige, absente à Bruxelles, m'attendait à Malmedy. Il y avait quelque chose de grisant à quitter la gare et à se diriger complètement au hasard.

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