Vocabulaire. Synonymes (p. 19)

Antéchrista. Amélie Nothomb

Le lundi suivant, Christa ne vint pas au cours. C'est donc seule que je revins chez moi.
Ma mère s'aperçut aussitôt de l'absence de Christa et me posa cent questions :
— Est-elle malade ?
— Je n'en sais rien.
— Comment ça, tu n'en sais rien ?
— C'est comme ça. Elle ne m'a pas prévenue.
— Et tu ne lui as pas téléphoné ?
— Je n'ai pas son numéro.
— Tu ne le lui as jamais demandé ?
— Elle n'aime pas que je l'interroge sur sa famille.
— De là à ne pas lui demander ses coordonnées !
C'était déjà ma faute.
— Elle pourrait appeler, elle, dis-je. Elle a notre numéro.
— C'est sûrement trop cher pour ses parents.
Ma mère ne manquait jamais d'argument pour excuser celle qui était censée être mon amie.
— Tu n'as même pas son adresse ? Ni le nom de son village ? Tu n'es pas dégourdie !
Ma mère n'était pas prête à céder, elle décida d'essayer les renseignements nationaux.
— Une famille Bildung, dans la région de Malmédy... Vous n'avez rien ? Bon. Je vous remercie.
Mon père rentra à son tour. Son épouse lui raconta sa recherche et mon peu de présence d'esprit.
— Toi alors ! me dit-il.
La soirée fut sinistre.
— Tu ne t'es pas disputée avec elle, quand même ? me demanda ma mère avec humeur.
— Non.
— Pour une fois que tu as une amie ! Une fille formidable ! enchaîna-t-elle d'un ton accusateur.
— Maman, je t'ai dit que je ne me suis pas disputée.
Je compris, au passage, que mes parents ne me pardonneraient jamais une éventuelle brouille avec elle. Mon père ne parvenait pas à avaler une bouchée du bon repas préparé pour Christa.
— Peut-être a-t-elle eu un accident, finit-il par dire. Ou peut-être a-t-elle été enlevée ?
— Tu crois ? interrogea ma mère avec épouvante.
Exaspérée, je me retirai dans ma chambre. Ils ne le remarquèrent pas.

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